Le suicide chez l’adolescent

13 Fév 2025

Soutenir et se souvenir

 

Le suicide est un sujet tabou, surtout lorsqu’il touche un ado. C’est pourtant la deuxième cause de mortalité des 15-24 ans.

Beaucoup de situations difficiles et perturbantes peuvent pousser un ado à envisager le suicide.

Les émotions sont les mêmes pour les adultes et les adolescents. Ceux qui possèdent de bons réseaux de soutien (famille, amis, professionnels, associations…) pourront partager ce qu’ils vivent. Les autres sont plus vulnérables, ils peuvent ressentir une immense solitude.

Il arrive que des ados envisagent le suicide comme solution permanente à des problèmes qui, pour nous, paraissent temporaires. Rupture amoureuse, difficultés scolaires…

Mais souvenez-vous de ce que nous ressentions à leur âge. Nous avons tous vécu une perte de repères qui nous a plongée dans le désespoir, à tord ou à raison. Il est facile de se dire que, finalement, ce n’était rien car nous avons pris du recul avec l’âge…

 

La « crise d’adolescence »

 

Ne pas avoir confiance en soi, être perdu dans ses idées et subir sans cesse des pressions afin de se conformer et réussir. Cela peut avoir de graves conséquences sur nos ados.

Bien que les adolescents suicidaires puissent paraître déprimés ou abattus, d’autres dissimulent leurs problèmes sous une énergie débordante. L’hyperactivité d’un ado peut également révéler l’existence d’un problème.

Les symptômes de la dépression des jeunes sont souvent ignorés ou confondus avec des « crises d’adolescence ».

Hors l’adolescence est en elle-même une crise psychologique, physique et émotionnelle. Le mal-être peut être provoqué par différentes situations (harcèlement scolaire, rupture amoureuse, maltraitance parentale, incapacité d’avouer son homosexualité, problème d’estime de soi, peur de décevoir, séparation des parents… )

Quel qu’en soit l’origine, il est essentiel de pouvoir reconnaître et évaluer cliniquement la dépression, car il s’agit d’une affection qui se soigne. Les médecins, notamment les psychiatres offrent à la fois des consultations individuelles et un traitement médical visant les causes biochimiques de la dépression.

 

Le deuil

 

Deux ressentis sont indissociables du suicide pour l’endeuillé : l’incompréhension et la culpabilité.

Nous refusons le décès, nous ne l’acceptons pas. Notre cerveau le refuse car rien ne nous parait expliquer ce geste. Nous comprenons rationnellement mais à, l’intérieur, nous ne trouverons jamais de raison valable.

Il y a un manque de réponse qui, fatalement, nous culpabilise. Et si c’était de ma faute ? Nous ne sommes pourtant pas responsable du passage à l’acte…

Le deuil après suicide est très difficile, plus profond et plus prolongé que les deuils habituels. Il comporte les même étapes que les autres mais certaines sont beaucoup plus marquées. Il est alors essentiel d’entamer un travail de deuil pour s’en sortir.

La douleur et la souffrance appartiennent à la personne endeuillée et nous ne pouvons, par aucun moyen, en mesurer la profondeur et la durée. Mais nous pouvons être présents et, souvent, une oreille attentive vaut mille discours.

 

En parler pour avancer

 

Les adolescents, comme tout le monde en période de crise, ont besoin de savoir que nous pensons à eux et que nous sommes prêts à les écouter.  Leur fournir l’occasion d’exprimer leurs émotions les aidera à soulager une partie de leur détresse, tout en les aidant à se sentir moins seuls.

Il ne faut pas hésitez à parler du suicide et à en discuter ouvertement, ce n’est pas une honte. Quelqu’un qui n’a jamais pensé à mettre fin à ses jours ne se mettra pas à l’envisager juste parce que le sujet a été évoqué. Par contre, le fait que votre enfant ressente que vous vous préoccupez de lui va le réconforter, qu’il se pose des questions sur le suicide ou pas.

Il arrive souvent qu’un ado refuse de se confier à ses parents car il les pensent incapables de comprendre. Même si cela peut déstabiliser, il faut lui suggérer de parler à quelqu’un de plus neutre, quelqu’un qui sera moins proche émotionnellement (amis, personnel scolaire, autre membre de la famille…).

N’oubliez pas que de nombreuses initiatives existes pour soutenir les jeunes en souffrance psychique ainsi que leur entourage (associations, 3114…)

Si l’adolescent le souhaite, un accompagnement psychologique pourra également être mis en place. Il lui permettra de mettre au point des mécanismes pour gérer ses ressentis actuels et à venir. Il va acquérir un mode de fonctionnement personnel qui le suivra toute sa vie.

Tendre la main c’est la première étape, la plus courageuse.

 

Marion Tomasini, psychopraticienne